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Le Blog du corps

Actualité de la recherche sur le corps en SHS (ISSN : 2269-8337)

Publié le par leblogducorps.over-blog.com

Ambiance urbaine et sports urbains : des représentations aux expressions

Urban atmosphere and urban sports: from representations to expressions
http://www.ambiances.net/index.php/fr/component/content/article/250-ambiance-et-sports
 
16/12/2010

Edito n°38

Florian Lebreton
• sociologue et chercheur associé au Laboratoire d’Anthropologie et de Sociologie (LAS-LARES), Université Européenne de Bretagne, Rennes.
• sociologist and associated researcher at « Laboratoire d’Anthropologie et de Sociologie (LAS-LARES) », Université Européenne de Bretagne, Rennes.
un spéléologue, un golfeur, un sauteur /// a caver, a golfer, a jumper
Dans la relation que le citadin entretient avec son environnement, la question des pratiques corporelles, physiques et/ou sportives nous montre que la mise en mouvement des corps peut-être un moyen d’agir à la fois dans et sur la ville, au cœur de l’espace public urbain. Pour cette raison, la notion d’ambiance peut aussi être éclairée à partir d’une analyse de l’urbanité, ou plutôt des urbanités, car l’ambiance met en scène une pluralité de sensibilités. Rappelons, après Pascal Amphoux[1], qu’une ambiance serait « indéfinissable » mais renverrait plutôt aux dimensions de la sensibilité, altérité (humaine, matérielle ou spatiale) et temporalité. Dans le cadre de mes travaux, j’étudie les pratiques ludo-sportives (Parkour, Street-golf, Spéléologie urbaine, Grimpe urbaine, etc.) et les pratiquants qui inventent une urbanité ludique[2] et de nouvelles formes culturelles produites par la logique même de leur décor. La sensibilité à l’espace est ici de mise. Comment expliquer par exemple que le tracer (celui qui pratique le parkour) insiste sur « le fait de pouvoir sauter d'immeuble [leur] fait découvrir la troisième dimension de cet espace qui [les] entoure, cet espace qu'avant [le] premier saut [ils] ne considéraient que comme plat » ? Si les sociologues du sport s’accordent à penser que les espaces sportifs changent de nature, ce n’est pas par hasard. Les espaces de pratique se diversifient sous le poids des dimensions sensible et environnementale, ce que nous montrent les travaux sociologiques, anthropologiques et phénoménologiques actuels. Les pratiques ludo-sportives qui émergent (échasses urbaines, parkour, danse, grimpe, golf, course d’orientation, etc.) ne sont plus conditionnées dans des aménagements spécifiques – en ce qui concerne les sports urbains - mais s’ouvrent petit à petit à l’« Ambiance architecturale » qui nourrit les pratiquant(e)s de tout un imaginaire[3], cet univers du possible. Ici par exemple, on peut voir respectivement un spéléologue, un golfeur, un sauteur puis un tracer faire l’expérience de lieux donnés comme le réseau souterrain, la rue, l’immeuble ou le square.

On perçoit comment la notion d’ambiance peut être aussi mobilisée en science du sport car elle cristallise les dimensions sensible nous l’avons dit, mais aussi temporelle –ce qui marque le passage des représentations aux expressions[4]- dans les appropriations ludo-sportives de l’espace public urbain. Dans ce travail, la notion d’ambiance décrit alors un cadre urbain ordinaire (rues, immeubles, parcs, jardins, mobiliers urbains, etc.) mais propice aux expériences corporelles : sauter de toits en toits, déambuler dans le réseau souterrain d’une ville, jouer avec les mobiliers, parcourir les architectures… La transformation du cadre ordinaire, impersonnel, oppressant et repoussant parfois, suppose une transposition du sens – l’urbanisme fonctionnaliste par exemple – par la construction individuelle et/ou collective d’une nouvelle ambiance ou atmosphère ludique. Ce mouvement de différenciation[5], proposant « une alternative à d’autres approches de l’environnement urbain », fait valoir un agir ludo-sportif et sensible qui critique ce cadre urbain qui est là, devant nos yeux. Ainsi, les déplacements et déambulations sur les trottoirs, bancs, escaliers, murs et murets, toits ou autres tremplins « naturels » donnent à ces activités une finalité à la fois esthétique et énergétique. L’objectif est de développer des mouvements efficaces, fonctionnels et utiles au développement de l’individu et à son adaptation dans l’environnement urbain. La troisième finalité est alors urbanistique, au sens où le pratiquant construit ainsi un discours sur la ville en s’exerçant, sur l’espace public, à une forme sportive de délibération. Le changement d’atmosphère – pour reprendre les analyses de V. Nahoum-Grappe – entendu comme une expérience sociale de l’espace et du temps, est alors le principe qui guide ces pratiquants à investir la ville de leurs conduites corporelles et vertigineuses.
 
 
In the relationship the city has with its environment, the issue of physical practices, physical and / or sports shows us that the setting in motion of bodies can be a way to act in both the city and the heart of urban public space. For this reason, the notion of atmosphere can also be illuminated from an analysis of urban, or rather urbanities, because the atmosphere showcases a number of sensitivities. Remember, after Pascal Amphoux that atmosphere is "indescribable", but rather refers to the dimensions of sensitivity, alterity (human, material and space) and temporality. As part of my work, I study sports practices edutainment (Parkour, Street Golf, Caving urban, urban climbing, etc.) and the practitioners who invent a playful urbanity and new cultural forms produced by the logic of their decor. The sensitivity to space is up here. How to explain for instance that the tracer (the one who practices parkour) insists on "being able to jump from building [their] introduces the third dimension of this space [the] surrounding this space before [the] first jump [they] did not consider that as a meal? While sport sociologists agree that the changing nature of sports facilities, it is not by chance. Areas of practice are diversifying under the weight of the sensitive and environmental. Practices emerging edutainment sports (jumping stilts, parkour, dancing, climbing, golf, orienteering, etc.) are no longer packaged in specific facilities - in regard to urban sports - but open slowly to the "architectural atmosphere" that feeds the practitioners of an entire imaginary world of this possible. Here, for example, we can see, respectively, a caver, a golfer, a jumper and then a draw experience from a premise as the underground network, the street, the building or the square.

We perceive how the concept of environment can also be mobilized in sports science as it crystallizes the dimensions we say sensitive, but also time-marking the passage of representations to expressions - in edutainment appropriation of urban public space. In this work, the concept of atmosphere describes an urban plain (streets, buildings, parks, gardens, street furniture, etc.) but conducive to physical experiences: jumping from roof to roof, walk through the underground network of city, playing with the furniture, go architectures. The transformation of ordinary, impersonal, oppressive and sometimes repulsive requires a transposition of meaning –functionalist urbanism- example by building individual and / or a new atmosphere of collective or playful atmosphere. This movement of differentiation, proposing "an alternative to other approaches to the urban environment," says one ludo-sensitive urban setting that is critical of what is there before our eyes. Thus, travel and strolling on sidewalks, benches, stairs, walls and retaining walls, roofs or other springboards "natural" give these activities a purpose of both aesthetic and energy. The objective is to develop efficient movement, functional and useful for individual development and its adaptation in the urban environment. The third purpose is so urban, meaning that the practitioner builds a discourse on the city exerted over public space, an athletic form of deliberation. The change of atmosphere - to use the analysis of V. Nahoum-Grappe - understood as a social experience of space and time, then, is the guiding principle behind these practitioners to invest the city of their body lines and dizzying

NOTES
[1] Amphoux, P. (2007). « La notion d’ambiance. Un outil de compréhension et d’action sur l’espace public ». Capron, G., Haschar-Noé, N. (coordonné par), L’espace public urbain : de l’objet au processus de construction. Presses Universitaires du Mirail, pp. 71-81.
[2] Lebreton, F. (2010). Cultures urbaines et sportives alternatives. Socio-anthropologie de l’urbanité ludique. Paris: L’Harmattan.
[3] Lebreton, F. (2010). « Des lieux ouverts aux lieux cachés. Une analyse socio-spatiale des déambulations sportives à Paris ». Les Annales de la recherche urbaine n°106, pp. 100-109.
[4] Amphoux, op.,cit.
[5] Thibaud, J-P. (2008). L’ambiance, chemin faisant : vers une perspective internationale. Disponible sur http://www.ludigo.net/index.php?rub=4&dossier=2&focus=203815&doc=204143&fsize=3.
 
Référence électronique
Lebreton, Franck. Ambiance urbaine et sports urbains : des représentations aux expressions = Urban atmosphere and urban sports: from representations to expressions. Ambiances.net, Edito n°38, 2010/12/16. [En ligne] http://www.ambiances.net/index.php/fr/editos/250-ambiance-et-sports (Consulté le 17/12/2010).
 

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: http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100565500

 

 

Les sensations de santé
Les sensations de santé
Pour une épistémologie des pratiques corporelles du sujet de santé

Edité par Alexandre Klein
Avant-propos de François Dagognet

Livre broché - 20,00 € 19,00 €  (-5 %)
À paraître Prévenez-moi dès sa parution !

:: Résumé    :: Sommaire    :: Détails





Les pratiques corporelles faisant appel à la sensorialité, au vécu sensible et mettant en jeu les sensations se multiplient dans notre société occidentale contemporaine. Sophrologie, kinésiologie, taï chi, qigong, yoga, réflexologie, ostéopathie, shiatsu, eutonie, gélothérapie, massothérapie, relaxation proposent de développer le bien-être, voire pour certaines de participer directement à l'amélioration de la santé. Résultats d’une représentation contemporaine de la santé comme ressenti positif, comme bien-être, voire comme mieux-être, ces nouvelles pratiques de santé interrogent directement la médecine et la société elle-même en questionnant notre représentation de l’Homme.

Quelles sont donc ces nouvelles pratiques de santé axées sur la sensation qui émerge dans notre société ? Qu’est-ce que signifie le développement de ces pratiques ? Que nous apprennent-elles sur notre mode de vie, sur notre monde social et sur nous-mêmes ? De quelles manières modifient-elles notre représentation de la santé ? Quelle est l’influence de ces pratiques sociales et individuelles sur la médecine ? Comment se construit finalement notre rapport à la santé, donc à nous-mêmes, au monde et aux autres, avec cet accent mis sur les sensations ? C’est à ces questions que tente de répondre ce volume consacré aux « sensations de santé ».

Rassemblant les contributions de philosophes, d’historiens, de psychologues, d’anthropologues, de sociologues, de praticiens de la santé et de médecins, cet ouvrage entend proposer un espace de problématisation des questions contemporaines de santé autour de la sensation. Les sensations de santé se dévoilent comme une interrogation pluridisciplinaire sur l’être humain et sa vie contemporaine.

 

Langue français
Éditeur Presses universitaires de Nancy
ISBN-10 2-8143-0000-8
ISBN-13 978-2-8143-0000-2
Année de publication janvier 2011
Prix recommandé 20,00

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http://www.decitre.fr/gi/26/9782895780526FS.gif

 

L’intelligence des corps
Journées d’études pluridisciplinaires
Université Paris Ouest Nanterre – ED 139
16 déc. 2010 | 17 déc. 2010 | 5 jan. 2011
Organisation : P.-L. BOULANGER, A. CUKIER, M. SCHUMM.
PROGRAMME PREVISIONNEL
Journée du 16 décembre (anthropologie)
9h00 Accueil et café.
9h30 Marion Schumm (Université de Nanterre, Doctorante en philosophie),
« Une autre genèse de l’intelligence : Husserl et Blumenberg. »
10h30 Étienne Bimbenet (Université Lyon 3, Anthropologie philosophique),
« L'intentionnalité corporelle : la moitié d'un programme. »
11h30 Pause café
11h45 David Le Breton (Université de Strasbourg, Anthropologie),
« Expériences de la douleur. »
12h45 Déjeuner.
14h45 Mathilde Lequin (Université de Nanterre, Doctorante en philosophie),
« L'intelligence du corps pré-humain : quelques pistes philosophiques ouvertes par
l'interprétation paléoanthropologique des fossiles d'hominidés. »
15h45 Jean-Claude Monod (CNRS, Philosophie allemande)
« Cercle de l'action, optique passive et réflexion humaine : de Gehlen à Blumenberg. »
Journée du 17 décembre (action et perception)
9h00 Accueil et café.
9h30 Pierre-Laurent Boulanger (Université de Nanterre, Doctorant en philosophie)
« Ce qu’il faut faire pour comprendre. Aptitudes sensorimotrices et contenu conceptuel. »
10h30 Michel Kreutzer (Université de Nanterre, Éthologie),
Titre à préciser.
11h30 Pause café
11h45 Bernard Andrieu (Université de Nancy, Staps et Philosophie),
« Une intelligence intercorporelle ? Une eco-sensibilité pour la préd’action. »
12h45 Déjeuner.
14h30 Valentina Ragno (Université de Nanterre, Doctorante en philosophie),
« L'intelligence dans l'absence. Pour une critique de la "métaphysique de la présence"
corporelle. »
15h30 Jean-Sébastien Hardy (Université de Paris IV, Doctorant en philosophie),
« La co-constitution ergonomique du mouvement et de la chose. Perspective
phénoménologique sur la motricité. »
16h30 Pause café
16h45 Frédéric Pouillaude (Université de Paris IV, Philosophie esthétique),
« L’alternative de la proprioception et du sens : danse et quotidienneté. »
Journée du 5 janvier (émotions et relations sociales)
9h00 Accueil et café.
9h30 Alexis Cukier (Université de Nanterre, Doctorant en philosophie),
« Empathie et contrôle social : intelligence et management des affects au travail »
10h30 Omar Zanna (Université de Rennes)
« Douleurs corporelles et interactions sociales. »
11h30 Pause café
11h45 Loïc Wacquant (Université de Berkeley, Sociologie),
« L’habitus comme intelligence incorporée. »
12h45 Déjeuner.
14h30 Bernard Rimé (Université de Louvain, Psychologie),
« L’empathie dans le partage social de l’émotion. »
15h30 Robert Damien (Université de Nanterre, Philosophie)
« L’autorité corporelle ou la naissance des dieux. »
16h45 Pause café
16h45 Anne-Marie Moulin (CNRS, Philosophie de la médecine)
« Intelligibilité et intelligence du corps : l'approche immunologique. »
17h45 Alain Berthoz (Collège de France, Physiologie de l’action et de la perception)
Titre à préciser.

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http://www.ubiloci.fr/index.php?/project/decorposition/

DECORPOSITION, LE CORPS EN 1000 MORCEAUX

Architektonik, Lille, 2008


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http://www.editions-msh.fr/Resources/titles/27351100222360/Images/27351100222360L.gif

 

Dans cet essai sur les techniques dans les sociétés pré-machinistes, Haudricourt nous communique ses réflexions sur la marche, le lancer, le portage, les manières de grimper, de pousser, de tirer, d'utiliser l'eau, le vent, et bien d'autres gestes observés dans de nombreuses sociétés humaines.

Au-delà de la simplification qui consiste à isoler l'objet étudié, les observations d'Haudricourt reposent sur une méthode ethnologique rigoureuse qu'il développe dans son ouvrage inédit jusqu'à présent et qui se présente comme un manuel, complétant les études d'ethnographie descriptive de Marcel Mauss, qui donne les clés d'une observation rigoureuse des techniques du corps humain.

 

Langue français
Co-éditeur QUAE
ISBN-10 2-7351-1334-5
ISBN-13 978-2-7351-1334-7
Année de publication décembre 2010

Prix recommandé 29,00

www.editions-msh.fr/livre/?GCOI=27351100222360

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http://2.bp.blogspot.com/_Fu75qGwNdWg/Se3l0zobwwI/AAAAAAAACW8/_1YuV0G0XDM/s400/ORLAN-BUMP_LOAD-COM-face_small.jpg

SÉRIE: BUMP LOAD , SCULPTING BRUSHING PROTOTYPE LUMINEUX N° 1 ,
Techniques mixtes :plexi, résine, verre fusing, aluminium, cellule infra rouge, LED... 2m x 2, 20 m

"Sculpting Brushes est une sculpture inédite d’ORLAN. Cet être hybride, empreint de force et de féminité primitive, reprend les traits du visage de l’artiste. Mi-femme archaïque (préhistorique et tribale), mi-femme futuriste, constituée de matériaux innovants, cette sculpture rappelle combien ORLAN excelle dans le mixage des temps et des civilisations. Un dispositif interne lumineux lui donne vie et lui permet de réagir en fonction de la présence du spectateur."

"Du 24 avril au 1er juin 2009, dans le cadre de La Force de l’Art 02, le musée Grévin accueille une œuvre de l'artiste Orlan. Accueillir une artiste aussi décalée, par rapport à la tradition de cette institution, est à la fois un challenge et une première. Pourtant, ce décalage n'est qu'apparent. Orlan a toujours considéré son propre corps comme matériau favoris pour la construction de son œuvre. En effet, fidèle à la problématique de la représentation du corps, l'artiste rejoint, sur ce point crucial, le thème privilégié du musée Grévin."

Le site de la manifestation : http://www.laforcedelart.fr/02/

Le site du musée : http://www.grevin.com/node/839

Le site de l'artiste : http://www.orlan.net/

 

Parution – Alliage (culture, science, technique)


Perfections et perfectionnements du corps, Alliage (culture, science, technique), n°67, 2020

Cette parution fait suite à un Colloque organisé à Lyon par Sarah Carvallo et Jonathan Simon.

En voici le sommaire :

en couverture, ORLAN

Sarah Carvallo, Jonathan Simon, Introduction

Marieke Heindrieksen, Une recherche commune de « l’Homo perfectus » ? La relation de travail de Albinus (1697-1770) et Wandelaar (1692-1759)

Emmanuel d’Hombres, La perfection du corps humain à l’épreuve de la critériologie anatomique de l’échelle des êtres au tournant des xviiie et xixe siècles

Isabelle Queval, La surnature du sportif d’élite : corps entraîné, corps dopé, corps augmenté.

Marie Gaille, « Perfection » et « normalité ». Les enjeux d’une philosophie des normes de la procréation.

Martin Dumont, Aram Gazarian, La greffe de la main chez le nouveau-né : un développement possible des greffes non vitales ?

Bernard Andrieu, Hybridation  performative, ou la fin du mythe de la perfection

Jérôme Goffette, Anthropotechnie : cheminement d’un terme, concepts différents.

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http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782701015224.jpg

http://emma.hypotheses.org

Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours

Brothers and sisters (Middle ages- XXIth cent.)

Publié le mercredi 08 décembre 2010 par Marie Pellen

Résumé

A l’heure où l’histoire de la famille, dont les contours ne sont pas encore parfaitement délimités, tend à se constituer en champ d’étude à part entière, de plus en plus autonome par rapport à la démographie historique stricto sensu d’une part, et à l’histoire sociale d’autre part, nous souhaitons organiser un colloque autour d’une des formes les plus répandues - mais sans doute les moins étudiées - de relations familiales, le lien fraternel. Même si les travaux sur les différents liens familiaux se sont multipliés ces dernières années, la relation entre frères et sœurs n’a pas encore fait l’objet d’une grande enquête ni d’un travail de recherche qui lui soit spécifiquement dédié. L’ambition de ce double colloque est de proposer une approche très large de la fratrie, aussi bien sur le plan géographique que thématique, du Moyen Âge à nos jours, pour comprendre à la fois la spécificité de ce lien dans l’ensemble des relations familiales et la diversité de ses formes selon les époques et les espaces (Europe au sens large et Amérique).

Annonce
Double Colloque international (Rennes 1er-2 décembre 2011- Toulouse mars 2012)

Organisé par le CERHIO (UMR 6258 Rennes 2) et le FRAMESPA (UMR 5136 Toulouse Le Mirail)

Avec le soutien de la Société de Démographie Historique

A l’heure où l’histoire de la famille, dont les contours ne sont pas encore parfaitement délimités, tend à se constituer en champ d’étude à part entière, de plus en plus autonome par rapport à la démographie historique stricto sensu d’une part, et à l’histoire sociale d’autre part, nous souhaitons organiser un colloque autour d’une des formes les plus répandues - mais sans doute les moins étudiées - de relations familiales, le lien fraternel. Même si les travaux sur les différents liens familiaux se sont multipliés ces dernières années, qu’il s’agisse par exemple de la relation grands-parents / petits-enfants (V. Gourdon,  2001), ou encore de la relation avunculaire (M. Trévisi, 2008), et si les fratries elles-mêmes ont donné lieu à un certain nombre de publications récentes (D. Lett,2004 ; M. Oris et al. [dir.], 2007),  la relation entre frères et sœurs n’a pas encore fait l’objet d’une grande enquête ni d’un travail de recherche qui lui soit spécifiquement dédié.

Cette lacune s’explique aisément tant du point de vue des historiens des populations que des historiens du social. Les premiers comme les seconds ont, en effet, toujours montré plus d’intérêt pour les relations  intergénérationnelles au sein des familles que pour les relations de collatéralité. Cette orientation s’explique en partie pour les uns par le prisme des sources et par certaines options problématiques pour les autres. Les historiens démographes français, promoteurs de la technique de reconstitution des familles, comme les historiens utilisateurs de généalogies ont, en effet, été souvent conduits à considérer la famille de manière verticale, qu’ils s’intéressent à la reproduction des familles ou à  la transmission lignagère des valeurs matérielles et symboliques au sein de la famille. Les historiens du social, quant à eux, très intéressés par la question de la reproduction sociale, ont souvent mis l’accent sur l’analyse des destins comparés des pères et des fils, au moment du mariage par exemple, ce qui renvoie à nouveau à une relation verticale au sein de la famille.

Pourtant, la prise en compte de la complexité des processus de reproduction sociale conduit inévitablement les historiens à s’intéresser davantage aux relations de collatéralité. A titre d’exemple, les travaux sur les systèmes de partage, égalitaire comme inégalitaire, et sur les processus de transmission successorale, sont de plus en plus attentifs à la question de la dimension et de la composition des fratries, éléments qui sont au moins aussi déterminants que les règles d’héritage. La connaissance de cet environnement familial semble indispensable à la compréhension du destin de chaque individu. Du point de vue de la reproduction sociale, la fratrie apparaît également comme une échelle très pertinente pour analyser et comparer les destins professionnels, car frères et sœurs (à la différence de pères et fils) affrontent des situations et des contextes socioéconomiques proches, sinon semblables, du fait de leur proximité d’âge. Sur le plan de l’histoire des sentiments familiaux, que le développement des études sur les écrits du for privé a considérablement fait progresser ces dernières années (F.-J. Ruggiu, S. Mouysset), la relation frères/sœurs est également une échelle d’observation très intéressante : à l’inverse des relations parents/enfants, elle s’inscrit dans un cadre moins contraint par des obligations de pouvoir et d’obéissance au sein de la famille. De leur côté, les psychologues ont également beaucoup travaillé ces dernières années sur « l’expérience fraternelle » (J.-P. Almodovar, 1981).

L’ambition de ce double colloque est de proposer une approche très large de la fratrie, aussi bien sur le plan géographique que thématique, du Moyen Âge à nos jours, pour comprendre à la fois la spécificité de ce lien dans l’ensemble des relations familiales et la diversité de ses formes selon les époques et les espaces (Europe au sens large et Amérique).

Les communications pourront s’insérer dans une ou plusieurs des thématiques présentées ci-dessous.

Définition et droit de la fratrie

Qu’est-ce qu’une fratrie ? Si les lois coutumières ou le Code civil définissent souvent assez clairement ce qui constitue le lien entre parent et enfant à travers, par exemple, le contrôle de l’illégitimité et l’énoncé des obligations matérielles et morales des uns envers les autres, la relation entre frères et sœurs semble assez absente des textes de droit. Ce flou juridique est renforcé par un certain flou terminologique qui entoure le terme de « fratrie », lequel varie selon les contextes et les individus. Désigne-t-il les individus issus du même père et de la même mère, ou un seul parent commun (demi-frère) suffit-il à créer un lien fraternel ? Un travail préalable de définition s’impose autour de la notion de fratrie dont les usages sont multiples mais pas toujours très bien explicités. On pourra également s’interroger sur la manière dont les acteurs institutionnels (juristes, administration etc.) appréhendent cette relation.

La démographie de la fratrie

La démographie historique qui cherchait à définir les régimes démographiques (fécondité, âge au décès, etc.) des sociétés anciennes a mis l’accent sur l’étude des relations intergénérationnelles, si bien que si on dispose de nombreuses études sur l’âge de la paternité et de la maternité, le nombre d’enfants d’un couple, l’âge où l’on devient orphelin etc., rares sont les enquêtes qui permettent de mesurer la taille effective des fratries, la durée des cohabitation des frères et sœurs au sein d’un même foyer selon le rang de naissance de chaque membre de la fratrie. Une mesure quantitative de la taille des fratries, de leur composition dans différentes sociétés et de leurs évolutions en liaison avec les transformations des régimes démographiques serait donc bienvenue.

La fratrie comme ressource. Solidarités, stratégies  et destins sociaux différenciés des frères et sœurs

Dans une perspective d’analyse des processus de reproduction sociale, nous souhaiterions que soit abordée la question des solidarités/conflits notamment économiques au sein de la fratrie. Quelles sont les formes d’entraide qui existent entre frères et sœurs ? Ces solidarités économiques sont ici entendues dans un sens très large qui va de l’appui temporaire (pour accéder au marché du travail ou au crédit par exemple) à des formes d’association plus formelles et durables (frérèches commerciales, biens et exploitations agricoles détenus en indivision). La question de la fratrie comme ressource pose évidemment celle de la position de chacun dans le système d’héritage. Toutefois, sans naturellement l’exclure, nous souhaiterions que l’attention ne soit pas focalisée sur la relation aîné/cadet en système à maison, qui a déjà été très étudiée, mais que le destin socioprofessionnel des frères, notamment en système de partage égalitaire, retienne également l’attention des participants.

La fratrie comme lien affectif

L’intensité des sentiments noués au sein de la fratrie, de la haine à l’amour incestueux, a nourri abondamment l’imaginaire au fil des temps. Mais quelles traces ces liens affectifs ont-ils laissées dans les sources à la disposition des historiens ? Comment ont-ils affecté le respect de normes de comportement fraternel ? Ce questionnement renvoie  à l’expression des sentiments fraternels : par quels gestes, quelles paroles, quels écrits se manifestent-ils ? Dans quelles situations ? Il conduit aussi à s’intéresser à la nature de ces sentiments, tendresse, admiration, jalousies, indifférence, à appréhender en fonction des configurations familiales. Enfin, les formes extrêmes de l’amour fusionnel, notamment entre frère et sœur, pouvant déboucher sur l’inceste seront interrogés, ainsi que le regard porté sur ces cas limites brisant un tabou fondamental.

Genre et fratrie

Il semble également important de bien articuler la notion de fratrie et celle de genre. Il est évident que filles et garçons ne peuvent avoir ni les mêmes stratégies ni les mêmes destins sociaux ; de même, la transmission des valeurs au sein du cercle familial ne prend pas les mêmes formes et s’articule en fonction du genre des uns et des autres. Il faut également  tenir compte du rang de naissance de chacun pour comprendre les finalités de l’éducation dispensée.

Quelles implications peut également avoir la composition des fratries sur la nature du lien fraternel selon qu’il s’agit d’une fratrie unisexe (fratrie au sens strict ou sororie) ou d’une fratrie mixte ?

Fratrie /fraternité, le lien rêvé

La littérature, le monde des contes populaires, celui de la mythologie ont toujours beaucoup emprunté à la fraternité pour décrire des situations particulièrement propices à la réflexion sur le soi et l’autre, la construction de son identité, sa relation à autrui, en terme de sentiments forts, tels que l’amitié et la fidélité ou son contraire, la haine et la trahison. Notre société occidentale est ainsi fondée sur un mythe fraternel, celui d’un christ-frère, « le premier né d’une multitude de frères » selon saint Paul.

Le récit mythique érige cette relation pure en paradigme de comportement social, c’est un « lien modèle », selon D. Lett, qui transcende parfois le lien biologique et considère même le lien électif dans certains cas comme supérieur au lien adelphique. Ce « lien modèle » a une histoire très ancienne dont la force repose sur un certain nombre de valeurs, autant de vertus positives qui construisent et fortifient une relation exemplaire : une réelle affection (« une amitié plus solide qu’un rempart » écrit Antisthène au IVe siècle avant JC), des devoirs réciproques (« l’amour de deux frères est un soutien dans la vie » écrivait Vincent Van Gogh à son frère Théo en 1877), une complicité visible, une fidélité sans borne. 

Ces formes de présentation et d’exaltation du « lien modèle », tout comme les multiples usages qui façonnent la réalité concrète des groupes de Compagnons, de Francs-maçons ou des Poilus de la Grande guerre constituent précisément un objet d’histoire à explorer de toute urgence.

  • Fabrice Boudjaaba (CNRS-Rennes 2)
  • Christine Dousset (Toulouse-Le Mirail)
  • Sylvie Mouysset (Toulouse-Le Mirail)

Le colloque aura lieu en deux temps, d’une part à Rennes en décembre 2011 et d’autre part à Toulouse en mars et fera l’objet d’une publication.

Les propositions de communication (titre, résumé d’une page maximum, bref CV) sont à adresser aux organisateurs avant le  1er mars 2011 :

fabrice.boudjaaba@gmail.com

christine.seiden@gmail.com

mouysset@univ-tlse2.fr

Comité scientifique :
  • Jean-Pierre Bardet (Paris 4 et EHESS),
  • Didier Lett (Paris 7),
  • Michel Oris (Genève),
  • Sylvie Perrier (Ottawa),
  • Francois-Joseph Ruggiu (Paris 4),
  • Marion Trévisi (Amiens).

 

 


Mots-clés
  • fratries, famille, démographie, fraternité, lien social
Date limite
  • mardi 01 mars 2011
Contact
  • Fabrice BOUDJAABA
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Pour citer cette annonce

« Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours », Appel à contribution, Calenda, publié le mercredi 08 décembre 2010, http://calenda.revues.org/nouvelle18312.html

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Lebreton, F. (2010). Cultures urbaines et sportives "alternatives". Socio-anthropologie de l'urbanité ludique, Paris : L'Harmattan

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Les activités sportives qui s'inscrivent, de manière légale ou illégale, dans les espaces urbains, centraux et périphériques, sont plurielles. Elles sont visibles ou invisibles et ne jouent pas de la même manière avec les règles.
Les politiques urbaines et sportives n’offrent que peu de solutions convenables pour garantir un "vivre ensemble" ; des tensions naissent de ces usages alternatifs et vertigineux de l’espace public et des espaces de la ville (rue, jardin, trottoir, jardin public, place publique, immeuble, toit, parking…).
Les problématiques inhérentes aux "sports urbains" sont nombreuses : politiques, sociales, culturelles et sécuritaires entre autres. En combinant les acquis de la sociologie urbaine et de la sociologie du sport, cet ouvrage porte l'attention sur quatre pratiques urbaines : spéléologie urbaine, parkour, street-golf et base-jump urbain. Quels sens revêtent ces différentes utilisations de l'espace urbain ? Comment qualifier ces appropriations de l'espace? Comment sont régulées ces pratiques ? Tels sont les thèmes abordés dans cet ouvrage.


Au sommaire
Introduction : des cultures sportives différentielles
1. La socio-anthropologie et son terrain : les cultures urbaines et sportives contemporaines
2. Une culture commune : le "droit à la ville" pour une urbanité ludique
3. De la sportification au refus du conformisme. Vers des dissemblances culturelles.

 

 

Mes travaux portent sur une approche socio-anthropologique des « sports urbains », de leurs ressemblances et dissemblances culturelles, et plus largement sur les cultures urbaines et sportives émergentes. Les concepts d'appropriation, de transformation et de régulation des espaces publics sont mobilisés pour illustrer certaines transformations sociales majeures. D’une part, le vecteur de la différenciation sociale est analysé par l’étude compréhensive des pratiques physiques « alternatives », les mécanismes de régulation urbaine puis d’autre part, l'intégration sociale est examinée à partir du processus de sportification à l’œuvre aujourd’hui dans les pratiques physiques émergentes (le Parkour...). De ce fait, la dialectique ville-nature et la thématique des « loisirs naturels » traverse de manière générale mes travaux à propos des dynamiques identitaires qui marquent les territorialités ludiques, festives et sportives contemporaines.

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fis, concepts et enjeux du XXIe siècle

Anthropologie & Santé N°1
Numéro coordonné par Aline Sarradon-Eck

Le premier numéro d’Anthropologie & Santé rend compte de quelques-unes des lignes de force du débat engagé lors des Assises de l’Anthropologie de la Santé organisées par Amades (Toulouse, 18 septembre 2009). Ces assises ont porté sur les transformations et mutations contemporaines des objets, des pratiques méthodologiques et des conditions d'exercice de la recherche en anthropologie de la santé. Les contributeurs de ce numéro interrogent, chacun à leur manière, les possibilités d’adaptation de l’anthropologie de la santé aux mondes contemporains et sa capacité à se réformer sans perdre de vue les “fondamentaux” de la discipline.

 

http://anthropologiesante.revues.org/

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http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/2/6/2/9782813000262.jpg

Journée Corps et intercorporéité en espaces publics co-organisée à Lyon par Yves Winkin, Anne Jarrigeon et Rachel Thomas

Réseau international Ambiances, 30 mars 2010, ENS-LSH 

http://www.ambiances.net/index.php/fr/seminaires/159-ambiances-urbaines-en-partage

 

CORPS ET INTERCORPOREITE EN ESPACES PUBLICS

 

Synthèse de la journée du 30 mars 2009 – ENS LSH Lyon

Séminaire « ambiances urbaines en partage : les expériences du dépaysement »

 

par Rachel THOMAS

 

 

 

 

"L’inflation des travaux sur le corps dans le champ des sciences humaines et sociales rend visible la multiplicité des points de vue sur le sujet et donne à comprendre sa complexité. Du corps social au corps objet, du corps imagé au corps marqué, du corps outil au corps émotionnel…, tout un pan de la recherche tente en effet de saisir, dans le sillage des thèses fondatrices de l’anthropologie sociale et culturelle, les différentes facettes de cet instrument majeur de notre rapport au monde. Le propos de cette journée de réflexion dédiée au corps et à l’intercorporéité en espaces publics était ainsi aussi partiel et particulier que ces multiples travaux. Son objectif consistait à ébaucher les prémisses d’une réflexion sur les rapports entre ambiances et culture, à partir d’une problématisation de la question du corps dans l’espace public urbain : comment s’élabore, s’exprime et se partage, de manière souvent implicite, une culture sensible particulière, entendue provisoirement comme des manières d’être, d’éprouver et de vivre ensemble la ville ? comment mon corps témoigne-t-il, autrement dit, de ma relation aux autres et du partage des cadres sensibles quotidiens ?

Pour tenter de répondre à ces questions, deux voies de réflexion furent proposées aux intervenants. La première, explicite et commune aux trois journées de séminaire, consistait à s’emparer de la thématique du dépaysement – définie en amont comme « une brèche dans les habitudes perceptives », comme « une mise en défaut d’un rapport de familiarité avec le monde » (JP.Thibaud) - pour mieux appréhender la plasticité des corps en ville, les manières de bouger et d’interagir avec autrui dans l’espace public urbain. La seconde, implicite, proposait de s’interroger sur les apports possibles d’une anthropologie à la fois modale et sensible pour appréhender théoriquement et empiriquement cette thématique du corps et de l’intercorporéité en espaces publics. La relecture des travaux de François Laplantine (G. Chelkoff, Y. Winkin), leur discussion en présence de l’auteur et surtout leur résonance avec les réflexions sur la notion d’ambiance permet aujourd’hui que soient exposés quelques préalables à une nouvelle approche du corps et de l’intercorporéité en espaces publics qui prête attention aux « infimes modulations de la sensibilité » (Laplantine, 2002).

 

Si la recherche sur les ambiances architecturales et urbaines commence à s’intéresser au rôle des cultures sensibles dans les manières de percevoir et d’agir en ville, elle s’interroge encore peu sur la manière dont ces cultures non seulement modèlent les cadres sensibles de la vie quotidienne mais aussi s’incarnent dans des manières de bouger, dans des modes d’expression et de relation à autrui partagés. Or, l’intérêt porté aux modalités d’expression des corps dans l’espace public urbain, à leurs rapports respectifs, à leurs transformations, à leurs productions sensorielles, à leurs mises en mouvement dans l’espace public urbain… peut constituer non seulement une voie d’analyse pertinente de ces rapports entre ambiance et culture mais aussi un moyen heuristique de penser la dimension synesthésique de l’expérience urbaine. La mise en jeu du corps dans la vie urbaine, de ce point de vue, ne saurait être prise en compte seulement à partir du modèle de la communication interpersonnelle et des stratégies de présentation de soi si bien décrites par Erving Goffman. De la même manière, sa compréhension ne peut être réduite ni au faire du corps, à ces actions pratiques, à la description des diverses « techniques du corps » (Mauss, 1950) qui la sous-tendent, ni à celle d’indices supposés reproduire une forme de façonnage du social (Jarrigeon, 2004). L’intérêt porté aux processus de mise en jeu du corps dans la vie urbaine conduit d’abord et nécessairement à construire ce que l’on pourrait appeler provisoirement une esthétique de la vie urbaine, c’est-à-dire une forme de connaissance du monde urbain actuel qui s’attache moins à comprendre les manières de percevoir et de donner sens à l’environnement sensible qu’à saisir les manières de le sentir et de l’éprouver. Cette première posture de recherche en appelle immédiatement une seconde, qui consiste à réaffirmer le caractère premier du corps dans l’appréhension de l’environnement, des objets et des êtres qui nous entourent. Plus qu’une simple enveloppe cutanée, plus qu’une construction symbolique, le corps est à considérer comme participant et agent premier de notre action commune dans et sur la ville, comme fondement même de notre culture sensible et de notre rapport aux ambiances urbaines. Formulé autrement, le corps est un moyen d’expérimenter, de dire et de rendre intelligible le monde et les cultures sensibles à l’œuvre au quotidien. « Mon corps n’est pas seulement un objet parmi tous les autres objets, un complexe de qualités sensibles parmi d’autres, il est un objet sensible à tous les autres, qui résonne pour tous les sons, vibre pour toutes les couleurs, et qui fournit aux mots leur signification primordiale par la façon dont il les accueille. Le corps (…) est cet étrange objet qui utilise ses propres parties comme symbolique générale du monde et par lequel en conséquence nous pouvons « fréquenter » ce monde, le « comprendre » et lui trouver une signification » (Merleau-Ponty, 1945, p. 273-274).

En prise, ancrés dans le quotidien, engagés dans les multiples situations qui rythment et font la vie urbaine, ces corps - tantôt cachés, tantôt exhibés - toujours en torsion et en tension (A. Pecqueux, A. Chêne) - opèrent sur divers registres qu’il s’agit alors de saisir : le registre de l’alternance des apparences (que décrivent aussi bien F. Laplantine et Y. Winkin à propos des interactions physiques entre Japonais qu’A. Jarrigeon à propos du « travail des apparences » en public), celui de la simultanéité de la présence et de l’absence (observé par A. Pecqueux chez les auditeurs-baladeurs ou A. Chêne chez les danseurs de free-party), celui de l’oscillation entre engagement et désengagement (abordé par S. Tessier lors de son travail avec les enfants des rues au Brésil ou encore par R. Thomas lorsqu’elle observe les modes de cheminement des personnes handicapées)… . Plastiques, adaptables, ces corps modèlent en retour et dans une réflexivité quasi permanente avec autrui, les cadres sensibles de leur quotidien, régulant leur emprise, produisant aussi quelques indices visibles des transformations sensibles à l’œuvre en ville à une époque donnée.

 

Cette hypothèse d’un enracinement corporel, voire charnel (Thomas, 2006, 2007) de l’expérience urbaine pose cependant un certain nombre de problèmes épistémologique et empirique. L’un d’entre eux est qu’il touche à de l’implicite, à du non verbalisable, à une dimension finalement pré-réflexive de l’expérience urbaine. S’interroger sur le corps, outre s’interroger sur sa mise en mouvement, sur ses postures, sur les divers registres gestuels et sensibles du rapport à l’autre ou à l’environnement, c’est aussi questionner des sensations, des impressions, des affects, des humeurs… à peine palpables, souvent éphémères, difficiles à exprimer par le langage. Or, comment observer, dire et décrire cet indicible du corps en espaces publics ? peut-on se passer de médiations ou plus justement quelles médiations mettrent en place ? Un autre problème causé par cette hypothèse d’un enracinement corporel de l’expérience urbaine a trait au fait qu’il renvoie à la dimension temporelle de cette expérience, et plus précisément à l’enchevêtrement de deux formes de temps : celui, d’une part, du temps long et linéaire de l’histoire urbaine et de l’évolution des cadres sensibles au cours des âges et des transformations de la ville ; celui, d’autre part, du temps court, parfois saccadé ou éphémère, de la circulation des corps dans l’espace public urbain, de leurs mouvements, de leurs rencontres, des gestuelles et postures répétées et plus ou moins synchronisées… . Or, comment penser à la fois cette place des temps dans l’expérience urbaine et comment l’articuler à une réflexion sur le corps et l’intercorporéité en espace publics ? Ou formulé autrement, comment penser ces mouvements des corps dans leur fugacité, dans leur capacité à dessiner des tendances évolutives de la société aussi bien que dans leur répétition et leur continuité ?

 

Le dialogue instauré, au cours de cette journée, entre la problématique des ambiances architecturales et urbaines et les travaux de François Laplantine ouvre des pistes stimulantes. La première concerne la nécessité de mettre en œuvre une approche modale de cette question du corps et de l’intercorporéité, et plus largement de la question du sentir dans l’espace public urbain. En cela, cette proposition fait écho au positionnement des membres fondateurs du Cresson et constitue un préalable à toute étude du sensible et des rapports entre ambiance et culture. Formulé autrement, il s’agit davantage de s’intéresser aux processus (de construction, de circulation, de reproduction, d’adaptabilité, de réappropriation, de partage, de déstabilisation…) des manières d’être et de bouger en ville, à leur articulation, à leurs modulations, à leur transformation dans le temps … plutôt que de chercher à en expliquer les motifs en morcelant le corps et ses rythmes en unités discrètes. « Le corps est toujours en transformation, en mouvement. Il est impossible de le stabiliser sémiologiquement en unités de sens découpées dans un continuum » (F. Laplantine). Cette perspective modale conduit alors François Laplantine à proposer deux types d’épistémologie.

La première, qui répond à la préoccupation de « dire le corps », concerne une épistémologie de la traduction et rend nécessaire le recours à la médiation. Elle repose sur deux principes majeurs : la nécessité de « tourner autour du corps » plutôt que de l’aborder de front pour éviter le double écueil de le « chosifier » et de reconduire la coupure corps/esprit si souvent maintenue ; la nécessité aussi de recourir à d’autres langages (celui de la danse chez A. Chêne, de l’architecture chez G. Chelkoff, du cinéma chez F. Laplantine, de la vidéo et/ou de la photographie chez A. Jarrigeon, de la déficience chez A. Pecqueux et R. Thomas…) pour développer des répertoires descriptifs porteurs de ces arrières-fond culturels et sensibles qui sous-tendent l’expérience urbaine.

La seconde attitude induite par une approche modale du corps et de l’intercorporéité en espaces publics procède d’une épistémologie de la continuité du rythme. Il s’agit là de se situer dans une logique de l’alternance qui permette de prendre soin de son sujet (c’est-à-dire de prendre le temps de s’en imprégner) tout en décentrant systématiquement et périodiquement les points de vue mis en œuvre pour l’aborder. Il s’agit aussi de favoriser la réflexivité du chercheur en questionnant tour à tour ses catégories interprétatives et les manières dont elles circulent. De ce point de vue, l’expérience du dépaysement, parce qu’elle a non seulement « la capacité à faire remonter le sensible à la surface de l’expérience » (JP. Thibaud) mais aussi parce qu’elle place l’individu dans une posture de l’entre, semble constituer une perspective méthodologique pertinente pour appréhender cette question du corps et de l’intercorporéité en espaces publics. Le dépaysement recouvre en effet des formes d’expérience diverses qui, toutes, conduisent à une mise en question du rapport de familiarité à l’environnement et de l’ancrage au monde. « Perte momentanée des repères de la vie quotidienne » (JP. Thibaud), « dissolution progressive des stéréotypes » (F. Laplantine), dérangement / déstabilisation des routines perceptives et interprétatives routinières (Y. Winkin, A. Jarrigeon), étrangeté / incongruité de soi face à une situation ou un espace-temps donné (A. Chêne, S. Tessier, R. Thomas), le dépaysement place l’individu, comme le chercheur, dans un mouvement permanent d’engagement et de distance, d’implication et de repli, d’accord et de décalage. Pour le premier – l’anonyme urbain – la situation de dépaysement interroge alors l’ordinaire de son rapport au monde. En remettant en cause ces évidences tacites du quotidien, elle révèle d’une part en quoi la quotidienneté est probablement ce qui constitue en amont notre expérience sensible de la ville, d’autre part en quoi cette quotidienneté n’est jamais prédonnée mais constituée précisément par ce rapport sensible que nous entretenons jour après jour avec le monde. Pour le second – le chercheur, l’ethnographe – la situation de dépaysement met alors autant en question les schémas interprétatifs classiques que les tentatives d’universalisation de l’expérience urbaine. Parce qu’elle instaure des biais dans la connaissance du monde, parce qu’elle rend le chercheur attentif aux « processus de formation et de transformation du sensible » (G. Chelkoff), parce qu’elle rend possible une forme de « désapprentissage » de la réalité, la situation de dépaysement rend visible et intelligible les éléments et processus implicites à l’œuvre au quotidien. Or ce n’est probablement qu’à ces deux conditions – osciller entre l’immersion familière et le dépaysement et s’interroger aussi bien sur la manière dont se construit réciproquement notre rapport sensible au monde que sur la manière dont se partage au quotidien une culture sensible commune - qu’une esthétique des formes de vie urbaine peut être aujourd’hui menée".

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